En apesanteur

« AMA » , le nom  donné aux chasseuses-cueilleuses de perles japonaises, est le titre de ce poétique ballet de Julie Gautier. Elle l’a conçu pour la « Journée Internationale de la Femme », mais il peut aussi rendre hommage à toutes les personnes qui font jaillir la beauté, même dans les moments où elles sont « privées d’air » par les aléas de la vie :

« Pour qu’elle ne soit pas trop crue je l’ai enrobée de grâce. Pour qu’elle ne soit pas trop lourde je l’ai plongée dans l’eau. »

Julie Gautier est une championne d’apnée, réalisatrice et danseuse française, fille d’une mère danseuse et d’un père chasseur sous-marin. Ce dernier lui a appris la plongée en apnée sportive, discipline qui l’a conduit à participer à des compétitions, jusqu’à devenir, selon un article de Paris Match de 2009, « l’une des dix meilleures apnéistes sur la planète mer ».
Compagne du champion mondial d’apnée Guillaume Néry, le couple a créé la société de production « Les Films Engloutis ». Parmi leurs réalisations, il y a « Ocean Gravity », un film où Guillaume plonge dans la passe de Tiputa (atoll de Rangiroa) en Polynésie, comme s’il flottait dans l’espace. Grâce à ce travail, ils ont été invités par Beyoncé pour réaliser le clip de la chanson « Runnin‘ ». Lors de ces tournages, Julie plonge en apnée, avec la caméra, pour filmer Guillaume.

 

 

 

 

 

 

 

Les robots entrent dans la danse

« Je suis désolé, Dave, je ne crois pas pouvoir faire ça. Je sais que Frank et toi avez l’intention de me déconnecter. C’est quelque chose que je ne peux pas vous laisser faire ».

C’est la mythique phrase prononcée par HAL 9000, l’intelligence artificielle qui contrôle le vaisseau spatial Discovery One en route vers Jupiter, dans le film  « 2001, l’odyssée de l’espace », de Stanley Kubrick, sorti en 1968.  Elle exprime la crainte présente chez l’espèce humaine, que les robots deviennent autonomes et que la Créature vienne à dominer le Créateur.

Cinquante années plus tard, la réalité s’approche de la fiction et le sujet est plus que jamais d’actualité, sous un angle assez polémique : la création artistique. On apprend qu’une nouvelle chanson des Beatles a été « créée » par une intelligence artificielle, à partir de l’ensemble des compositions du groupe qui a été introduit dans sa mémoire (ici). A Amsterdam, d’une façon similaire, un « nouveau » tableau de Rembrandt a été présenté récemment au public, réalisé par un robot qui a utilisé une imprimante 3D permettant de reproduire jusqu’à la texture les toiles du maître.(ici)

L'exposition "Robots et Artistes au Grand-Palais.
                              L’exposition « Robots et Artistes au Grand-Palais. © France 2/Culturebox

Au Grand Palais à Paris, l’exposition « Artistes et Robots » (ici) qui a lieu en ce moment présentant une trentaine d’œuvres (dans les domaines de la peinture, sculpture, architecture, photographie, cinéma, musique) fait interagir les visiteurs avec des robots « artistes » pour la création des oeuvres. Il y a même un jardin numérique où les plantes naissent, poussent et meurent au fur et à mesure que les personnes le traversent. Dans ce cas, on peut même se demander qui est le créateur. L’artiste qui a programmé la machine? L’intelligence artificielle qui exécute le travail? Ou le visiteur qui le modifie lors de son passage?

« Ma petite orchidée a ouvert aujourd’hui sa troisième fleur, un vrai cadeau qui illumine nos journées. Elle passerait peut-être inaperçue dans cet immense jardin numérique. Mais aucune de ces fleurs virtuelles ne sera arrosée avec autant d’amour… » M. Gondaro

Est-ce vraiment de l’art ? A mon avis, la réponse est oui, c’est de l’art! Née de l’esprit humain qui a créé le robot, une corde en plus dans son arc. Devons-nous comprendre que  ces créatures sont capables de reprendre les tâches les plus nobles de l’âme humaine et, avec leur prodigieuse mémoire, faire mieux que nous ? Non! Car il leur manque (au moins pour l’instant) l’essentiel : les sentiments et la capacité de réaction aux événements non programmés, qui sont propres de l’espèce humaine. Et ce sont les émotions qui alimentent la création. Ce qu’ils ont dans leurs mémoires y a été introduit par des humains, rien de plus.

Néanmoins, ce monde virtuel représenté par les intelligences artificielles est envoutant…beaucoup sont tentés d’y vivre. Pour s’échapper à la réalité, ils plongent dans cet univers parallèle, de l’autre côté de l’écran, où on avance masqué et on a des milliers d’amis. Et c’est cette fuite qui est dénoncée par la danseuse, chorégraphe et metteure en scène Kaori Ito, avec le spectacle « Robots, l’amour éternel » (extrait ci-dessous), dans lequel elle mime les androïdes qui imitent les êtres humains. Le but de ce travail est de montrer que certains comportements humains nous rendent comme « des robots guidés par nos smartphones ». Et qu’on peut perdre notre « peau » humaine et basculer de l’autre côté de la frontière homme-machine.

 

 

Ce qui rejoint ce que disait déjà Antoine de Saint-Exupéry, quand on n’était encore que deux milliards sur Terre :

« On ne peut plus. On ne peut plus vivre sans poésie, couleur ni amour. Rien qu’à entendre un chant villageois du XVe siècle, on mesure la pente descendue. Il ne reste rien que la voix du robot de la propagande (pardonnez-moi). Deux milliards d’hommes n’entendent plus que le robot, ne comprennent plus que le robot, se font robots. »

Un sens à la vie (1956), Antoine de Saint-Exupéry, éd. Gallimard, coll. nrf, 2011 (ISBN 978-2-07-025667-9), p. 226 – Saint-Exupéry